Acteur (nom propre) : Vadeboncoeur, B.
1 No d'identification : 14218 Fonds : Trois-Rivières
  Information documentaire
« La séance littéraire donnée par l’Institut, vendredi dernier, a été occupée par Messieur B. Vadeboncoeur et G. Frigon. Le premier nous a donné la narration d’un événement historique d’un intérêt très piquant pour l’auditoire auquel le lecteur s’adressait. C’était l’enlèvement de Godefroy et de Marguerite, deux personnages qui figurent dès le début de l’histoire des Trois-Rivières, ainsi qu’une attaque faite par les Iroquois contre le fort de pieux qui avait été bâti par Monsieur de la Violette quelques années auparavant et qui composait pour ainsi dire alors toute notre ville.

Le second nous a parlé de l’avenir de la jeunesse canadienne, et de ce qu’elle avait à faire pour se préparer à lutter avec avantage sur le nouveau théâtre où elle allait être bientôt appelée à jouer un rôle important. Nous ne pouvons concourir dans toutes les idées émises par Monsieur Frigon à la séance de vendredi, quoique cependant il ait parlé en termes généraux.

Ces deux jeunes gens, nos amis, nous permettrons sans doute de leur donner quelques conseils qui pourront peut-être leur servir quelque peu. Personne ne reconnaît mieux que nous tout le mérite qu’ils ont d’avoir acquis, seuls, par leurs propres efforts, les connaissances qu’ils possèdent aujourd’hui.

Nous savons ce qui leur en a coûté de veilles et de travaux pour se former à l’art d’écrire sans le secours d’aucun maître, et ce n’est pas nous qui n’apprécierons pas hautement leur louable et généreuse persévérance à l’étude. Mais nous croyons qu’il leur sera utile de leur signaler quelques petits défauts dont ils pourront se corriger facilement.

Au premier nous conseillons donc de ne pas employer des expressions trop vulgaires, et surtout de ne pas descendre dans trop de petits détails. Boileau a dit quelque part dans son “Art poétique”: “Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile, Et ne vous chargez point d’un détail inutile.” Nous pensons que si notre ami veut se conformer à ce grand précepte, il n’aura pas à le regretter. A M. Frigon, nous lui conseillons de ne pas trop rechercher les mots sonores, les grandes phrases. Sa pensée en sera plus claire, plus nette et conséquemment mieux comprise. Les ornements et les figures plaisent sans doute, mais il faut les employer avec sobriété et convenance. Un style trop chargé trouble l’esprit et le jette dans la confusion.

Il n’y a aucun doute que ces deux jeunes gens ont d’heureuses dispositions et que secondés comme ils le sont d’une ardeur infatigable pour l’étude, ils peuvent devenir de bons écrivains.

Nous espérons que ces quelques conseils ne froisseront pas nos amis, car nous les avons donnés dans un bon but. »

Référence
Le Journal des Trois-Rivières (28 novembre 1865): 2, col. 2-3.